Le CKGR, Central Kalahari Game Reserve, est le second plus grand parc d’Afrique après Selous en Tanzanie. Il est aussi grand que le Danemark et réputé pour son côté sauvage. On s’y sent facilement et rapidement coupé du monde. On voulait y passer plusieurs nuits, mais nous n’avons pu en réserver qu’une seule, les différents agents que nous avions eus au téléphone nous ayant dit que tout était complet. C’est également la raison pour laquelle nous avons fait un stop à Haina, car on pouvait faire un tour dans le parc à la journée à partir du lodge. Ça nous faisait passer 3 jours dans le parc au total en se focalisant sur la partie nord est, mais c’était déjà pas mal.

L’entrée du parc la plus proche de Haina se trouve à 40 kilomètres de piste. Comme il nous fallait presque une heure pour y aller, nous sommes partis très tôt du camp. Les scrub hare courraient devant nos phares, et nous avons vu la grosse boule rouge du soleil se lever tranquillement au-dessus de l’horizon. On ne se lassait pas de la vue de cette sphère parfaite qu’on avait matin et soir depuis le début du séjour. Nous sommes arrivés à l’entrée vers 7h30, et le garde a eu l’air surpris de voir qu’on ne venait que pour la journée. On lui a expliqué que les campings étaient pleins, ce a quoi ils nous a répondu que pas du tout, et qu’ils en avaient toujours de disponibles près de l’entrée. On était dégouté ! Décidément ces réservations au Botswana étaient du grand n’importe quoi…. Heureusement qu’on avait une nuit le jour suivant, mais avoir cette information nous aurait fait gagné pas mal de temps de trajet. Bref, c’est la vie, on devait faire avec.

Après avoir jeté un oeil sur le sighting board, nous avons décidé de faire une boucle entre le Sunday pan et le Deception pan, deux des nombreux lacs salés du parc, car des lions y avaient été vus quasiment chaque jour sur la semaine précédente. Excités comme des petits fous, nous avons repris la route. C’est là que les choses se sont un peu corsées et que nous avons compris que notre itinéraire était peut être ambitieux. Les pistes étaient les plus mauvaises qu’on avait eues jusque là. Entre des trous énormes et des longues portions de tôle ondulée, on était en plein massage africain version hard! Le paysage des quarante premiers kilomètres étaient vraiment surprenant. Quand on pensait au désert du Kalahari, on imaginait de vastes plaines arides, mais en réalité cette portion du parc est un vrai patchwork de paysages: forêts denses de mopane aux couleurs automnales, immenses lacs salés immaculés, savanes aux hautes herbes jaunes. C’était magnifique, brut et sauvage comme on aime.Arrivés sur le premier pan, une vingtaine de vautours faisaient la queue pour avoir leur part de carcasse qui était encore bien rouge. Des prédateurs devaient sûrement se reposer quelque part autour après avoir dévoré leur proie mais nous n’avons rien vu. Il faut dire que nos espoirs se sont un peu affaibli quand nous nous sommes rendus compte que les pans faisaient plusieurs kilomètres de circonférence. Quand on vous dit qu’un lion a été vu au Deception pan, c’est un peu comme vous dire qu’il a été vu dans un arrondissement parisien. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin! Nous nous sommes arrêtés à des points d’eau pour observer la faune. Des oryx étaient là, tressautant et reculant à chaque mouvement et bruit suspect, certains se battaient, et des oiseaux chantaient et voletaient tout autour. C’était paisible, on en a profité pour faire une petite sieste.Le reste de la journée a été calme et assez peu excitant. La faune était rare, mais on a vu plusieurs espèces d’antilopes, quelques chacals, des autruches, et des kori bustards, l’oiseau emblème du Botswana. On nous avait dit qu’à cause de la sécheresse, il y avait moins d’animaux que d’habitude. Ca s’est confirmé car les rencontres étaient rares, et les créatures souvent solitaires ou en petits groupes. Nous avons repris le chemin de la sortie avec l’impression d’être un peu bredouilles. Nous sommes rentrés épuisés de cette journée de conduite affreuse pour un résultat finalement mitigé, mais malgré tout confiants pour les deux jours à venir. Nous avons dit au revoir aux gens du lodge, passé une dernière nuit dans notre coin de forêt, et avons pris la route de très bonne heure le lendemain pour être à l’ouverture du parc. Le ranger nous avait dit 6h, nous y étions à 6h30, il est arrivé à 7h. Les horaires au Botswana sont relativement flexibles, il faut le savoir… Bien évidemment l’état des pistes ne s’était pas arrangé pendant la nuit, et le dos de Eff a commencé à se rebeller. Nous sommes retournés vers le Sunday pan où aucun lion ne s’est montré. La journée a été la même que la veille: massage africain, quelques rencontres éparpillées, et une lassitude grandissante. Nous avons traversé des portions de forêt de mopane, c’était beau mais calme côté faune, et il est vraiment difficile de voir les animaux entre les branches pendant qu’on roule, même quand on roule à 20km/h max. Nous avons donc rejoint notre emplacement de camping en début d’après-midi pour une petite pause bien méritée. Il était comme on voulait: grand, isolé des voisins, et placé le long d’un pan, au milieu de hautes herbes jaunes. La faune n’était peut être pas au rendez-vous, mais les paysages étaient vraiment magnifiques. Nous sommes repartis faire un tour en fin de journée, pour voir si les prédateurs étaiet de sortie, mais sommes encore rentrés bredouilles. La frustration commencaient à monter et le dos de Eff lui faisait payer les heures de conduite. On était finalement assez soulagés de n’avoir plus qu’un jour dans ce parc qui n’était pas à la hauteur de nos attentes.Nous avons décidé d’aller explorer un peu plus vers l’ouest le lendemain, au lieu de s’acharner vers le Sunday pan. La piste, extrêmement mauvaise au début, a enfin fait place à une portion agréable et facile, au coeur de vastes plaines. On pouvait voir loin et avancer à une vitesse raisonnable, quel changement par rapport aux jours précédents! La faune était similaire: springboks, oryx, kori bustards, et bat-eared foxes, de curieux petits renards aux grandes oreilles. Nous sommes arrivés au point d’eau de Letiahau, notre destination, quand je vois Eff se tourner vers moi avec une expression indéchiffrable sur le visage et éteindre le moteur. Il s’est poussé un peu pour me laisser la vue, et il était là, à 2 mètres de la voiture, un superbe lion qui dormait tranquillement à l’ombre près du point d’eau. A ce moment, toutes les frustrations ont été oubliées, et on en a profité au maximum. Quand on rencontre un lion de si près et qu’on est seul avec lui, on ne la lâche pas, et on l’observe. Nous sommes restés presque trois heures avec lui. Trois ou quatre autres voitures sont passées pendant ce lapse de temps, mais aucune n’est restée plus de quinze minutes. Les gens ne sont globalement pas très patients, et ça nous arrange bien. Bon, pour leur défense, il ne n’est pas passé grand chose en trois heures. Le lion dormait la tête sur ces pattes avant à notre arrivée, comme une grosse peluche. Il s’est ensuite un peu tourné pour se mettre sur le dos, les quatres fers en l’air, complètement indifférent à notre présence et au bruit occasionnel des véhicules. Il est resté dans cette position pendant un bon moment, tressaillant dans son sommeil, et ne bougeant même pas pour aller faire pipi. Pourquoi faire un effort quand on peut juste se soulager en écartant un peu plus les pattes?! Il a fini de se tourner, pour se retrouver sur le flanc opposé, ouvrant à peine les yeux. Au bout de deux heures et demi, il a finalement décidé de se lever pour aller boire et aller aux toilettes. Il avait toujours l’air d’être dans les vapes, et d’ailleurs il est retourné se coucher juste après. Le mythe du roi de la jungle s’est un peu effrité… J’avais plus envie de lui faire des câlins que je n’étais effrayée par lui.On était comme des petits fous. On a adoré cette rencontre incroyable, qui valait bien les 2 jours et demi d’attente. Peut être que c’est le secret pour apprécier les parcs moins touristiques de la région: il y a moins de faune qu’au Kruger par exemple, mais il y a aussi beaucoup moins de monde. Il faut chercher les animaux, observer les signes de la nature, être patients et clairement chanceux aussi, mais cela rend l’excitation et la satisfaction des rencontres encore plus intenses.

Il était temps de prendre la route du retour. Le souvenir ce notre lion a rendu le trajet un peu moins pénible. Nous dormions dans un petit hotel à Rakops ce soir-là. Une vraie douche bien méritée, un vrai lit, on a fait de beaux rêves de notre lion du CKGR à la crinière noire.

Au final, recommendons-nous ce parc? Oui bien sûr. Il est magnifique et sauvage. Mais si c’était à refaire, on irait plus tôt entre avril et juin. Et surtout il est à réserver pour des gens ayant déjà une expérience en safari. Si c’est votre première fois en Afrique, et que vous souhaitez voir plein d’animaux, privilégiez les parcs plus connus comme le Kruger, Etosha ou les parcs du Kenya et de Tanzanie.

 


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